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Séminaire CARISM : "Le Web dans les rédactions : 20 ans après ? Processus, appropriations, résistances" programme 2014
Coordinateurs : Jean-Baptiste Legavre et Rémy Rieffel
La fabrication et la diffusion de l’information ont été l’objet, tout au long du XXe siècle, de nombreuses innovations technologiques qui ont non seulement modifié les conditions de travail dans les rédactions, mais aussi contraint les différents acteurs (gestionnaires, ouvriers, techniciens, journalistes, etc.) à s’approprier de nouveaux outils selon des modalités et des temporalités variables. La diffusion de l’informatique et l’élargissement des réseaux de télécommunications au cours des années 1970/80 ont ainsi favorisé l’informatisation des rédactions et induit nombre de changements dans les pratiques professionnelles. Mais c’est évidemment la création du Web (1989) et son exploitation grand public à partir de la seconde moitié de la décennie 90 qui vont profondément bouleverser les conditions de production de l’information et marquer l’entrée dans une nouvelle ère, celle des médias numériques en réseau.
Ces transformations technologiques qui ont de fortes incidences économiques, sociales et culturelles, ont donné lieu depuis quelques années en France à nombre d’études et de recherches d’inspiration sociologique ou socio-économique. Ces travaux ont surtout porté sur les changements qui affectent l’exercice du métier de journaliste en mettant l’accent sur l’émergence d’un « journalisme numérique » censé maîtriser les nouveaux outils et nouveaux supports de communication, capable de gérer efficacement le rapport au temps et la surabondance de l’information, soucieux d’entrer en interaction avec son public grâce notamment aux réseaux sociaux.
Cette focalisation sur le travail journalistique a toutefois relégué à l’arrière-plan, voire quasiment laissé dans l’ombre, le contexte plus général des modalités d’appropriation des nouvelles technologies au sein des entreprises médiatiques elles-mêmes. Car Internet et plus particulièrement le Web entraînent, aussi bien dans la presse écrite que dans les médias audiovisuels, une reconstruction organisationnelle des rédactions, suscite de nouvelles formes de collaboration entre les différents partenaires, engendre des pratiques d’adaptation, de résistance ou de contournement qui demeurent curieusement peu analysées. L’introduction des technologies numériques ne remet pas seulement en cause les modes d’organisation traditionnels des rédactions ; elle bouscule aussi les hiérarchies symboliques entre professionnels de l’imprimé et professionnels du Web et donne notamment lieu à des appropriations différenciées selon l’appartenance générationnelle des individus.
Que sait-on de la manière dont les dirigeants, les gestionnaires des médias, ont perçu et ont intégré le Web dans leur entreprise ? Quelles ont été les visions stratégiques sous-jacentes ? Comment les journalistes et les techniciens ont-ils mis en œuvre de nouvelles formes de collaboration dans les rédactions ? Quels sont les savoir-faire et les compétences qui ont été mobilisés et déployés depuis deux décennies ? Que sont devenus ceux qui ont été marginalisés par ces processus d’innovation ? Voit-on apparaître de nouveaux métiers en liaison avec l’audience (gestionnaires de sites, animateurs de communauté, etc.) ?
C’est pour répondre à ce type de questions que le laboratoire CARISM met en place un séminaire de recherche au cours du premier semestre 2014 avec pour objectif de procéder à un premier état des lieux sur le sujet en centrant la réflexion sur les processus bien plus que sur les produits eux-mêmes.
La réflexion portera donc principalement sur les transformations des métiers et des pratiques, sur les apprentissages et les modes d’appropriation des nouvelles technologies numériques en vue de mieux saisir les formes d’adaptation et de résistance à l’œuvre. Que dit l’introduction du Web dans les médias, de la diffusion des innovations, de la reconfiguration des métiers et des hiérarchies, de la redéfinition des tâches et donc des nouveaux modes de fabrication de l’information ? Au final, peut-on, à partir de l’observation de certains terrains d’étude, mieux appréhender les contraintes que fait peser l’innovation technologique sur le contenu de l’information elle-même ?
Le séminaire se déroulera en deux temps :
une première séquence entre février/avril 2014
une seconde séquence entre octobre/décembre 2014.
Programme de la première séquence
Les séances ont lieu de 10h à 12h en salle 315 au à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas (92 rue d’Assas, Paris 6e).
Séance 1 : 4 mars Françoise Laugée (IREC Paris 2) : « Comment les éditeurs de presse investissent-ils le Web ? Pratique, enjeux et perspectives. »
Séance 2 : 25 mars Guillaume Sire (CARISM Paris 2) : « Franchir le prisme Google : comment ? A quel prix ? »
Séance 3 : 8 avril Olivier Pilmis (CNRS/CSO) : « Qu’est-ce qu’être bi-media ? L’articulation des rédactions print et web dans les quotidiens d’information politique et générale »
Séance 4 : 29 avril Josiane Jouët et Rémy Rieffel (CARISM Paris 2) : « Les disparités des modes d’appropriation de Twitter par les journalistes ».
La participation à ce séminaire est ouverte à toutes et à tous. Elle est gratuite.