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Ouvrage : Jérôme Bourdon, Jean-Michel Frodon (dir.), L’œil critique, le journaliste critique de télévision (INA-De Boeck, 2003). Recension par Merryl Moneghetti.

L’œil critique, le journaliste critique de télévision, sous la direction de Jérôme Bourdon et de Jean-Michel Frodon, s’achève en donnant la parole à l’universitaire et critique, Aldo Grasso, qui rappelle : « Mais à l’ère de la reproductibilité technique de Walter Benjamin, la position du critique télévisé est encore plus complexe et problématique que celle du critique littéraire, cinématographique ou musical. » De fait, reprenant l’interrogation lancée en mars 2000, lors du colloque « L’œil critique, peut-on critiquer la télévision ? », les auteurs réunis dans cet ouvrage soulignent les difficultés de cette critique. Outre les problèmes posés par les spécificités du média (flux continu d’images, mélange des genres, diffusion unique, question du destinataire de la critique…), cette écriture journalistique est tiraillée entre le discours de « l’expert et de l’amateur », entre les différents modèles, esthétique, politique, social, économique, « apocalyptique » et les genres divers qui s’offrent à elle, de la chronique, au billet d’humeur en passant par la notice critique ou la méditation (on se reportera avec intérêt à la typologie de Jérôme Bourdon, au chapitre consacré à l’histoire des critiques italienne, allemande et espagnole). Cette position inconfortable culmine aujourd’hui entre la nécessité d’examiner son objet d’un point de vue « intérieur », valorisant ainsi l’identification à la communauté des téléspectateurs, et la nécessité de garder une distance extérieure. Sans être celle du juge, elle doit mettre en évidence « la lucidité » d’un regard, que l’on souhaite d’autant plus pénétrant que s’affirment la confusion des genres et « l’ambivalence morale » des émissions de télévision (voir la percutante communication de Eva Illouz, « Critiquer le talk show, le cas Oprah Winfrey », dans la partie « Débats »).

Dans une approche pluridisciplinaire, cet ouvrage réunit les contributions de onze chercheurs et journalistes auxquels s’ajoutent des textes de Serge Daney, de François Mauriac et de Morvan Lebesque et « la suite polyphonique » orchestrée par Christian Bosséno, qui présente les réflexions de ses collaborateurs de La Saison télévision sous la forme d’un dialogue vivant. Ce recueil multiplie donc les points de vue et les genres : traductions d’articles, témoignages, communications du colloque « L’œil critique », telle celle de Gilles Delavaud, qui livre une belle étude synthétique de la figure emblématique d’André Bazin, dont on aurait souhaité lire une chronique à côté de celles de Mauriac et de Lebesque.

Merryl Moneghetti

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 1, 2003, automne 2003, p. 257-258.

Citer cet article : https://histoiredesmedias.com/Ouvrage-Jerome-Bourdon-Jean-Michel.html

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