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Ouvrage : Fabien Archambault, Loïc Artiaga, Gérard Bosc (dir.), Double jeu. Histoire du basket-ball entre France et Amériques (Vuibert, 2007). Recension par Patrick Clastres.

Envisagée comme histoire des transferts culturels, l’histoire de la conquête du monde par les sports est une histoire déjà ancienne dans les pays anglo-saxons. Au point qu’elle a participé, à sa mesure, à la mise au point du concept de world history devenue légitime dans les universités américaines au cours des années 1990. Dans la revue Vingtième siècle (n° 26, 1990), le sociologue américain Andrei Markovits s’interrogeait, déjà, sur « l’exceptionnalisme sportif américain », à savoir la quasi absence du football association - et du rugby devrait-on ajouter - et le développement de sports typiquement nationaux comme le football américain et le base-ball, le basket-ball et le volley-ball. Si la greffe des deux premiers de ces sports n’a jamais pris dans la « vieille Europe » et dans l’hexagone, en revanche, le basket-ball et le volley-ball y ont connu une réelle acclimatation. Aussi cet ouvrage collectif sur le basket et sa circulation entre États-Unis, France et Amérique latine est-il le bienvenu. Malgré son architecture éclatée - mais il en est ainsi de toutes les publications issues d’un colloque -, il remplit son office : contribuer à « l’histoire de l’acculturation par les corps qui en est à ses débuts » (Fabien Archambault).

Cette histoire-là dépasse de loin le simple récit d’une lubie sportive. Elle met en jeu des mécanismes culturels complexes qui ont à voir avec la relation de « fascination réticente » (Jacques Portes) que les Français entretiennent avec le pays de l’oncle Sam. Elle révèle aussi la capacité des acteurs à s’approprier et à nationaliser une pratique culturelle étrangère selon des mécanismes mis ailleurs en lumière par Arjun Appadurai à propos du cricket. De ce point de vue, le style français offensif et risqué de l’entre-deux-guerres ou « ripopo » (passes plutôt que dribbles, jeu en suspension et en course, « tir à la gauloise » de loin, rugosité et virilité des arrières) est une application des thèses hygiénistes et un reflet revendiqué de la « furia francese » (Éric Claverie).

C’est en 1891 que le pasteur James Naismith invente le jeu de « la balle au panier » afin d’occuper et de moraliser les futurs professeurs d’éducation physique des YMCA. À l’opposé des mêlées furieuses du rugby ou du football américain, il s’agit alors d’éviter tout contact corporel entre des joueurs qui gagnent à s’élancer vers Dieu. Deux ans plus tard, le gymnase de l’Union chrétienne des jeunes gens de Paris devient la première terre d’accueil du basket-ball en Europe. Pourtant, une deuxième greffe sera nécessaire, dans les foyers franco-américains en 1917 qui seront la matrice des grands clubs de l’entre-deux-guerres comme à Mulhouse ou Reims. Sport urbain, protestant, masculin et en salle aux États-Unis, le basket-ball s’épanouit en France d’abord en plein air, plutôt à la campagne, et remporte ses premiers succès dans les milieux catholiques - il suffit d’avoir à l’esprit la renommée du Cercle Saint-Pierre de Limoges - et auprès des jeunes filles. Le véritable tournant est pris au milieu des années 1980 avec l’apparition du basket américain sur la jeune chaîne Canal+, que prolongent, à partir de 1992, l’offensive d’un cinéma hollywoodien aux antipodes du Je vous salue Marie de Jean-Luc Godard sorti en salle en 1983 (Loïc Artiaga), d’une part, et le dynamisme de l’édition basket pour la jeunesse, à 70 % de la bande dessinée (Françoise Hache), d’autre part.

La réception de deux phénomènes singuliers auraient mérité davantage d’attention : les succès populaires remportés en France par les Harlem Globe Trotters en 1950 et 1952 de même que l’impact dans les banlieues de la victoire de la Dream Team aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992. Une manière de mesurer le retentissement et les effets, dans l’hexagone, du black power et du soft power.

Patrick Clastres

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 10, printemps 2008, p. 258-259.

Citer cet article : https://histoiredesmedias.com/Ouvrage-Fabien-Archambault-Loic.html