Accueil du site > Actualités > Séminaires > > Séminaire Arts et Sociétés, "Goya et les stratégies visuelles des « guerres asymétriques »", Paris, 16 janvier 2013

Séminaires

envoyer l'article par mail title= envoyer par mail Version imprimable de cet article Version imprimable Augmenter taille police Diminuer taille police

Séminaire Arts et Sociétés, "Goya et les stratégies visuelles des « guerres asymétriques »", Paris, 16 janvier 2013

Godehard Janzing, "Goya et les stratégies visuelles des « guerres asymétriques »"

„Yo lo vì !“ – je l’ai vu –, assure la légende d’une gravure de la collection des Désastres de la guerre, créée par Francisco de Goya à partir de 1810, face à la guerre d’indépendance espagnole. Le titre semble faire preuve de la volonté de l’artiste de témoigner, et de souligner que les scènes de violence, presque prises sur le vif, se sont produites telles qu’il les représente. Cette affirmation, citée autant de fois que sont exposées ou reproduites ces gravures, a marqué notre idée de l’artiste engagé, en opposition critique à la guerre. Pourtant, l’impact politique de ces gravures resta limité à son époque – la série n’étant réellement publiée et diffusée qu’en 1863, dans une publication posthume de l’académie royale de Madrid. Est-ce un hasard si la découverte tardive des gravures de guerre de Goya a lieu au moment même où un nouveau medium entre sur le champ de bataille : la photo, qui, se plaçant du point de vue des victimes, fournit pour la première fois des preuves visuelles de la mort au combat et des horreurs de la guerre ? Le succès tardif des gravures de Goya semble fortement lié à l’apparition de cette nouvelle possibilité technique, engendrant aussi une nouvelle volonté de fournir un témoignage critique. Toutefois, la maxime de Goya, « je l’ai vu », renvoie davantage à sa créativité en tant qu’artiste qu’à un simple acte de témoignage. Dans les gravures, c’est d’abord Goya lui-même qui fait émerger la violence, qui donne forme aux atrocités et les rend visible en recréant leurs dégénérescences. Dans ses compositions, aussi complexes que réfléchies, Goya nous livre plutôt une analyse des mécanismes de la guerre que son véritable portrait. Et c’est justement cette capacité à penser visuellement le conflit qui confère à ses images un pouvoir durable, qui continue encore aujourd’hui à offenser ou même à blesser le spectateur.

Godehard Janzing, historien de l’art, est directeur adjoint au Centre allemand d’histoire de l’art à Paris. Il était de 2005-2007 collaborateur scientifique au Deutsches Historisches Museum à Berlin (Expositions : Art et Propagande, 2007 ; Les Hugenots, 2006) et il a participé comme commissaire associé à exposition L’événement au Musée du Jeu de Paume, Paris (2007). Ses travaux portent sur l’art autour de 1800, la relation entre le visuel et la violence, l’imagerie politique et les stratégies de la mémoire culturelle. Publications sur le thème de du séminaire : « Die Geburt des Partisanen aus dem Geist der Graphik. Krieg als Capricho bei Francisco de Goya », dans : Schlachtfelder. Codierung von Gewalt im medialen Wandel, sous la direction de Steffen Martus et. al., Berlin 2003, p. 45–54 ; « Bildstrategien asymmetrischer Gewaltkonflikte », dans : Kritische Berichte, vol. 1/2005 : Ikonographie der Gewalt, p. 21–35 ; « Achsenspiele. Zur Bildpolitik alliierter Auslandseinsätze », dans : Perspektiven der Militärgeschichte. Raum, Gewalt und Repräsentation in historischer Forschung und Bildung, sous la direction de Jörg Echternkamp et. al., Munich 2010, p. 251–260. A paraître : Stille Größe. Kunstideal und Wehrgedanke bei Schadow, David und Goya, Berlin 2013.

17h-19h Sciences Po salle du Traité, 1er étage. 56 rue Jacob 75006 Paris

Citer cet article : http://histoiredesmedias.com/Seminaire-Arts-et-Societes-Goya-et.html