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Ouvrage : Peter S. Grant, Chris Wood, Le Marché des étoiles. Culture populaire et mondialisation (Les Éditions du Boréal, 2004). Recension par Scylla Morel.

Écrit en 2003, ce livre paraît alors que le monde des industries culturelles est confronté à d’importants bouleversements internationaux qui semblent menacer la création et la diffusion des biens et la diversité culturelle. « Jusqu’à quel point les politiques culturelles doivent-elles être assujetties aux accords commerciaux […] ou au régime commercial multilatéral de l’OMC ? » interrogent les auteurs. Cette interrogation demeure, et ce malgré l’élaboration par l’UNESCO, le 2 novembre 2001, d’une « Déclaration universelle de la diversité culturelle ». Elle a pourtant été suivie, en octobre 2003, d’une conférence au cours de laquelle le secrétaire général de l’UNESCO s’est vu confier l’élaboration d’une convention sur la diversité culturelle : ce traité est destiné à assurer un fondement juridique protégeant la diversité culturelle.

Canadiens, et par conséquent largement exposés à l’ombre d’Uncle Sam, les deux auteurs se présentent comme de fins connaisseurs de leur sujet. P. Grant est effectivement avocat spécialiste dans le droit de la communication et des politiques culturelles. C. Wood est quant à lui journaliste économique. Les différends commerciaux entre le Canada et les Etats-Unis ont, en effet, obligé le gouvernement canadien à définir des stratégies destinées à protéger ses biens culturels. Le Canada est donc un terrain expérimental particulièrement avant-gardiste en matière de promotion de la diversité culturelle. C’est donc depuis le Canada que ce livre examine les dangers qui pèsent sur la diversité culturelle, et les enjeux que son marché de production et de diffusion comporte.

P. Grant et C. Wood s’en tiennent aux productions culturelles de masse : magazines, disques, livres, séries télévisées, et se penchent plus particulièrement sur la dimension économique de leur production et diffusion que sur l’aspect « identitaire » de ces biens. L’étude démontre la nécessité d’une intervention juste et mesurée de l’Etat. Affirmant la spécificité des produits culturels, ils prouvent que les règles du marché ne sont pas applicables à ceux-ci : face au libéralisme économique, des mesures gouvernementales appropriées s’avèrent bien plus efficaces en matière de développement des industries culturelles de masse. Cette argumentation est appuyée par des exemples concrets tirés de l’expérience canadienne.

Tout au long de ce volumineux ouvrage, les deux auteurs ne cessent, par ailleurs, de nous alerter sur les dangers qu’il y a à se voir imposer une culture de masse standardisée, brandissant le spectre de l’américanisation et de la déperdition des cultures nationales et, au final, de la liberté d’expression. Cette lecture s’avère donc éclairante et montre au lecteur français, si besoin était, la nécessité d’établir une législation internationale minimum qui encadre les forces de l’économie de marché sinon amoindrit ses effets sur les biens culturels. Sans l’intervention de l’Etat, l’hégémonie des grandes puissances économiques viendrait en effet menacer l’offre et la diversité culturelles.

Bien que parfois redondant, cet ouvrage satisfera les lecteurs intéressés par l’économie de la culture de masse ainsi que ceux qui élaborent les mesures destinées à sa promotion. Percutant, le style n’est pas dénué d’humour, ce qui rend plus accessibles les interrogations en matière d’économie et de politique de la culture. Enfin, l’insistance des auteurs à présenter la culture de masse comme un enjeu civique, à envisager celle-ci, pourtant si dépréciée, comme garante de la liberté d’expression et d’un multiculturalisme constitutif de nos sociétés contemporaines, est tout à fait opportune et bien venue. Au final, l’ouvrage présente une analyse équilibrée, accessible et utile qui vient compléter et actualiser les analyses de Sherwin Rosen dans son article pionnier « The Economics of Superstars », American Economic Review, n°75, 1981.

Scylla Morel

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 12, printemps-été 2009, p. 253-254.

Citer cet article : http://histoiredesmedias.com/Ouvrage-Peter-S-Grant-Chris-Wood.html

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