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Ouvrage : Didier Georgakakis, La République contre la propagande. Aux origines perdues de la communication d’État en France (1917-1940) (Economica, 2004). Recension par Nicolas Hubé.

Il n’y a pas d’incompatibilité ontologique entre propagande et démocratie. En effet, le suffrage universel amène avec lui un ensemble de techniques de mobilisation de l’opinion, parmi lesquelles « la propagande représente un instrument déterminant » (p. 16). Dès lors, l’explication de l’échec d’une propagande d’État en France réside dans la configuration sociale particulière des années d’entre-deux-guerres. Loin d’être condamnée par avance, tout concourt à la réussite d’une institution de propagande. Concurrencés sur le plan intérieur par d’autres systèmes propagandistes – celles des communistes ou des ligues, plus généralement celle des partis politiques – les différents gouvernements cherchent, en effet, à rationaliser leur pratique de contrôle de l’opinion. Or les objectifs de cette propagande ne sont ni définis de façon claire et unanime, ni portés par un groupe précis d’acteurs. Affaire d’État, la propagande est le potentiel monopole du ministère de l’Armée, des Affaires étrangères, du ministère de l’Intérieur et de son administration préfectorale. Enjeu de communication, elle est défendue par la République des Intellectuels et des écrivains-diplomates. Mais outil nouveau, elle est promue par les modernisateurs de l’État et par le corps nouveau de l’Inspection générale des finances. Les débats autour de son existence sont autant de révélateurs des concurrences du jeu politique, et des transformations de l’État et de son appareil administratif. L’ouvrage donne à voir l’ensemble de ces acteurs de la vie politique de la IIIe République en action.

Le texte est divisé en deux parties, ne répondant pas à un découpage méticuleux de la chronologie (1917-1939, puis juillet 1939-mars 1940), mais plutôt au souci de rendre explicable l’improbable création du Commissariat général à l’Information et son échec immédiat. La première partie apporte des éclairages sur les différentes arènes où sont débattues ces questions. Les divers groupes sont situés dans leur environnement, donnant toutes leurs dimensions explicatives aux contraintes sociales pesant sur les acteurs. Après ce tour d’horizon, la seconde partie aborde la courte existence du Commissariat général à l’Information, créé en juillet 1939 et confié à Jean Giraudoux. Institution impossible, elle est créée dans la conjoncture particulière de la « Drôle de guerre », puis dissoute en mars 1940, quand cette même conjoncture devient routinière. Là, les groupes d’acteurs – identifiés en première partie – suivent leurs objectifs concurrents propres mais unanimement dressés contre ce même Commissariat. À l’occasion d’un débat parlementaire, ils trouvent à s’associer. Et c’est là tout l’apport du texte de rendre pensable une situation de crise historique. En montrant l’acte fondateur de l’opposition entre propagande et démocratie, l’auteur replace la communication au cœur de la dynamique politique. Sans faire de procès d’intention à la fin du régime, il livre là autant une histoire de la propagande et de la communication au cours de ces années que, plus largement, une sociologie de l’État français.

Nicolas Hubé

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 4, printemps 2005, p. 273-274.

Citer cet article : http://histoiredesmedias.com/Ouvrage-Didier-Georgakakis-La.html

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