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Ouvrage : Daniel Winkler, Transit Marseille. Filmgeschichte einer Mittelmeermetropole (transcript Verlag, 2007). Recension par Caroline Moine.

A l’annonce du choix de Marseille comme capitale européenne de la culture pour 2013, les médias ont souligné l’importance de cet événement pour la cité phocéenne, 2e ville de France par sa démographie mais très en retard pour ses équipements culturels. La victoire sur Toulouse et Bordeaux serait donc due avant tout au fait que Marseille soit au cœur des enjeux culturels de l’Europe, « cité de migrations », « ville cosmopolite », entre le Nord et le Sud. Une certaine image de Marseille se dessine ainsi, véhiculée par les médias. Mais comment et depuis quand les médias ont-ils contribué à forger de telles représentations de la ville ? La lecture de l’ouvrage de Daniel Winkler, Transit Marseille. Histoire cinématographique d’une métropole méditerranéenne, issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2005 en cotutelle entre Paris I et l’université de Vienne, arrive donc à point nommé.

L’auteur, romaniste à l’université de Vienne, nous propose une monographie sur Marseille analysé tout à la fois comme lieu de production cinématographique et comme objet de représentations dans les films, avant tout de fiction, des années 1930 à 2005. Quelques réalisateurs sont privilégiés, Marcel Pagnol bien sûr, qui joua largement sur la corde du folklore provençal (la trilogie marseillaise, 1929-1936), Paul Carpita et ses films mettant en scène les mobilisations politiques des dockers contre les guerres coloniales (Le Rendez-vous des quais, 1953-1955), René Alio qui renoue avec le réalisme poétique (La vieille dame indigne, 1964) dans sa description de Marseille dénuée de toute idéologie et sensible à son évolution urbaine (Retour à Marseille, 1979). Dans une partie astucieusement intitulé « Aïollywood », Daniel Winkler décrit le retour de Marseille au cinéma au cours des années 1980 et 1990 où se mêlent les grosses productions de Claude Berri (Jean de Florette, 1985), de Luc Besson (Taxi de G. Pirès, 1998), les films de Bertrand Blier (Trop belle pour toi, 1989) ou de Jacques Demy (Trois places pour le 26, 1988) avec Yves Montand et son accent chantant. Mayrig d’Henri Verneuil (1991) thématise explicitement dans cette période la question de l’immigration marseillaise à travers le sort d’une famille exilée arménienne. Le livre analyse pour finir les succès populaires de Robert Guédiguian qui filme dans les années 1990 et 2000 le Marseille des marges, politiquement engagé (Marius et Jeannette, 1997).

La réussite de cette étude est d’offrir à travers l’analyse des différents films une histoire culturelle de la cité phocéenne depuis l’entre-deux-guerres. Travaux d’historiens, de sociologues et d’ethnologues sur l’imaginaire de la ville (Michel de Certeau) ou sur les liens entre migrations et histoire urbaine viennent compléter avec profit les analyses de films permettant ainsi une étude stimulante d’où ressortent quelques grandes tendances. Daniel Winkler constate combien restent tenaces certaines images qui nourrissent une image bipolaire de la ville : le genre du film policier, une longue tradition à Marseille et si bien illustrée par French Connection en 1971, qui présente la ville et son port comme la plaque tournante du crime organisé d’un côté, et les comédies reprenant le folklore provençal de l’autre. Toutefois, l’image de la ville se diversifie et se complexifie à partir de la fin des années 1990, sur les écrans apparaissent les quartiers en périphérie et en marge de la ville. De nouvelles questions apparaissent alors, liées aux mutations sociales et économiques de Marseille. Claire Denis (Nénette et Boni, 1996) ou Philippe Faucon (Samia, 2000) se montrent certes soucieux de travailler avec des acteurs de la région, ne gommant par leur accent, s’ancrant dans la culture régionale. Toutefois, ils offrent un regard nouveau en abordant des thématiques jusque-là très peu présentes dans le cinéma régional marseillais comme les questions de genre ou du (post)colonialisme. Reste à voir si l’intérêt croissant des jeunes réalisateurs pour Marseille, et si l’année 2013 !, va permettre de renouveler le regard porté sur la ville et sur sa population autour de nouveaux enjeux esthétiques et éthiques.

Caroline Moine

Recension publiée dans Le Temps des médias, n° 11, hiver 2008-2009, p. 273-274.

Citer cet article : http://histoiredesmedias.com/Ouvrage-Daniel-Winkler-Transit.html

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