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Ouvrage : Annie Duprat (dir.), Révolutions et mythes identitaires (Nouveau Monde éditions, 2009). Recension par Claire Blandin.

Réunies par Annie Duprat, les contributions proposées ici ont été présentées lors d’un colloque organisé à l’Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines. Si la Révolution française est centrale dans la réflexion des auteurs, les lieux et moments étudiés sont multiples. L’ouvrage s’ouvre sur la force des mots dans les épisodes révolutionnaires. Ces moments d’accélération de l’histoire, sont en effet bien souvent des périodes de création pour les langues : néologismes et nouveaux usages se développent, les qualificatifs pleuvent sur les acteurs. Mais pour comprendre ce qui se cache derrière les mots, l’historien doit saisir les cultures et les imaginaires politiques locaux. La chronologie fine est alors importante car, dans les révolutions, les événements se succèdent à un rythme accéléré, et les mots se démodent, comme les slogans.

Dans la suite de cette première partie de l’ouvrage, l’historien des médias peut faire son miel de la contribution, originale et novatrice, de Marina Bujoli-Minetti, comparant les estampes anglaises et françaises représentant les enfants royaux à la prison du Temple. Les variations des décors ou des légendes renseignent sur les différences d’instrumentalisation de ces figures d’un côté et de l’autre de la Manche. L’usage des citations bibliques permet ainsi aux Anglais d’accentuer la violence politique des scènes représentées. L’ouvrage présente plus généralement des analyses fines et variées des discours sur et autour de la Révolution française. Il permet ainsi d’identifier des formes pamphlétaires derrière des apparences qui semblaient plus neutres.

Revenant sur la fondation des mythes identitaires par les révolutions, la deuxième partie s’ouvre sur un rappel de l’historiographie de la Révolution française depuis les années 1960. Le renouvellement opéré par Jean-Clément Martin autour de la question de la violence révolutionnaire est souligné. On peut dès lors se demander comment la représentation de la violence révolutionnaire a servi de matrice à l’écriture des histoires nationales ; comment elle a forgé des mythologies (propres à chaque pays, mais qui peuvent être comparées). Plusieurs types d’approche théorique de cette élaboration du mythe identitaire sont présentés (en analyse de discours, en philosophie politique), mais les phénomènes de représentation et de diffusion ne sont pas oubliés ; presse, affiches et cinéma sont étudiés, comme dans la communication de Sylvie Dallet, « La violence révolutionnaire, pudeur et ostentation filmiques ». Au sein d’une production abondante, elle propose un parcours thématique qui permet de souligner les spécificités du cinéma et l’importance de l’évolution des conditions de production et de diffusion des œuvres. Conçue pour le petit écran, l’épopée révolutionnaire n’a plus les mêmes caractéristiques qu’en cinémascope. Analysée comme figure fondatrice, la Révolution lui permet également de mettre en place une typologie de la violence dans les fictions historiques au cinéma.

Intitulé « Les ombres portées des révolutions », le troisième volet de l’ouvrage permet de rappeler encore que l’histoire est narration. On demande bien souvent au récit historique de fabriquer le mythe national, dans un récit fondateur qui relève du « storytelling » et où les hauts faits des personnages révolutionnaires sont les événements majeurs. On retrouve ici le rôle des médias dans les événements révolutionnaires (Bettina Frederking présente des journaux « agents de la discorde et de la violence » dans les premières années du xixe siècle), mais surtout dans la fabrication de leur récit. Dans une large étude (« Mythes et violence dans la presse israélienne (1920-1982) »), Ouzi Elyada montre comment les médias de ce pays fabriquent les images de la violence. Grâce à une recherche sur un temps (assez) long, il montre que la presse construit une succession de récits mythiques d’Israël, qu’elle réutilise ensuite selon les critiques formulées par les médias étrangers. Ce regard d’un spécialiste de la Révolution française sur le très contemporain démontre, comme l’ensemble de l’ouvrage, la pertinence de cette interrogation sur les implications de la violence révolutionnaire dans la construction des mythes nationaux.

Claire Blandin

Recension publiée dans Le Temps des médias n° 13, Hiver 2009-2010, p. 222-224.

Citer cet article : http://histoiredesmedias.com/Ouvrage-Annie-Duprat-dir.html

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