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15 - Justice(s)

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Anne-Claude Ambroise-Rendu

La dangerosité du criminel sexuel sur enfant, une construction médiatique ?

Le Temps des médias n°15, automne 2010, p. 72-86.

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Le schéma de reconnaissance et d’évaluation qui gouverne aujourd’hui les représentations du pédophile a été élaboré, abandonné, repris, retravaillé par les médias et a constitué les doxa successives au sein duquel le crime sexuel a été appréhendé. La figure du pédophile, ce monstre contemporain dangereux récidiviste, est le résultat d’une construction qui doit beaucoup au travail des médias. Concept psychiatrique forgé à la toute fin du XIXe siècle par Richard Von Kraft Ebbing, la pédophilie, longtemps ignorée de la pratique expertale, fait son entrée dans l’espace public au cours des années 1970, via la posture du militantisme. Mais, dès le milieu des années 1980 la physionomie de cet amateur des corps juvéniles s’inverse, donnant naissance à une représentation métisse de la psychiatrie et des médias : le pédophile pouvant être presque indifféremment un assassin – et même un tueur en série - ou un amoureux d’enfant mais, dans tous les cas soumis à la dictature de pulsions incoercibles. Le visage actuel du pédophile s’inscrit dans la doxa nouvelle qui semble gouverner le droit : celle de la défense sociale tout entière dominée par l’obsession du danger et l’exigence du risque zéro pour l’individu.

Citer cet article : http://histoiredesmedias.com/La-dangerosite-du-criminel-sexuel.html

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