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32 - L’attentat, du tyrannicide au terrorisme

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Maëlle Bazin, Gilles Ferragu, Claire Sécail

L’attentat, un objet au croisement de l’histoire politique et de l’histoire des médias

Le Temps des médias n° 32, Printemps 2019, p. 10-22.

« Et soudain, la bombe »… Comment définir le moment où « tout bascule » et où le cours normal des événements, ce quotidien synonyme de calme et de sécurité, s’interrompt pour laisser place, un temps, à la stupeur, la sidération, la confusion ? Comment qualifier la rupture de l’ordre, avant même de lui donner un sens ? Il ne s’agit pas ici de terrorisme, mais d’attentat, c’est-à-dire de faits, plutôt que d’idéologies politiques exaspérées jusqu’à la violence. L’attentat, c’est l’irruption brutale, dans la trame du quotidien, d’une narration nouvelle, qui impose sa propre temporalité. C’est l’atteinte aux biens, aux personnes, à la sécurité et à l’ordre – prérogative d’État –, mais c’est avant tout cet « événement monstre » qui bouleverse le cours des choses, cette « conjoncture » qui fragmente la « structure » et la renouvelle.

Rétive à toute définition précise, la notion d’attentat renvoie à un spectre large d’événements dont les logiques singulières peuvent varier selon les contextes historiques, les moyens mis en œuvre par leurs auteurs et les finalités de l’acte. Des premiers tyrannicides dans la Grèce antique aux attaques terroristes à l’époque contemporaine, nous retenons ici une acception large du terme qui repose sur deux critères principaux : le surgissement de la violence dans l’espace public et la visée politique de l’acte. L’attentat terroriste, pour sa part, émerge plus spécifiquement dans le contexte révolutionnaire de la fin du XVIIIe siècle et induit un basculement de l’événement : l’enjeu n’est plus seulement la cible de l’attentat elle-même mais bien la désintégration d’un système politique existant, voire l’avènement d’un nouveau système.

Pour autant, « l’attentat est-il un objet d’histoire cohérent – ce qui ne veut certes pas dire invariant – depuis l’âge du tyrannicide “classique” jusqu’à celui de la “violence totale” ? » s’interrogeaient à juste titre en 2012 Gilles Malandain, Guillaume Mazeau et Karine Salomé en introduction d’un dossier qui entendait décloisonner une approche historique essentiellement bâtie sur la spécificité des formes d’attentats propres à chaque période. Soucieux de réintroduire une longue durée afin de mieux repenser l’historicité de l’objet, les auteurs partageaient déjà le constat historiographique que la réflexion sur l’attentat avait souvent avancé dans l’ombre de la question du terrorisme. Un premier objectif de ce dossier du Temps des Médias est donc de s’inscrire dans ce sillage en replaçant l’attentat au cœur de la réflexion, dans une perspective diachronique. De ce point de vue, et au-delà de la singularité des contextes et de la catégorisation terroriste, nous défendons l’idée qu’une filiation existe bel et bien entre les attaques au couteau sous la Rome impériale, les régicides d’inspiration religieuse à l’époque moderne, les actes de « propagande par le fait » des anarchistes au XIXe siècle, les attentats d’organisations indépendantistes et nationalistes au XXe siècle ou encore les attaques djihadistes qui se sont intensifiées depuis le début du XXIe siècle.

Citer cet article : http://histoiredesmedias.com/L-attentat-un-objet-au-croisement.html

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