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01 - Interdits. Tabous, transgressions, censures

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Christian Delporte

Habilitation à diriger des recherches

Le Temps des médias n°1, automne 2003, p.223-224.

Fabrice d’Almeida, La mise en forme du politique en France et en Italie, fin xixe siècle-début xxie siècle, HDR en histoire contemporaine, sous le tutorat de Marc Lazar, Institut d’études politiques de Paris, 2002

Fabrice d'Almeida est un historien du politique. Mais il est bien des façons de faire de l'histoire politique. Participant à son renouvellement par l'approche des représentations, il s'interroge sur le discours, la culture, l'image, les formes de médiation et communication qui pèsent, nourrissent ou révèlent l'action publique. Auteur d'un ouvrage remarqué sur les images de propagande au xxe siècle (Casterman-GIUNTI, 1995), après une thèse d'histoire comparée sur la culture des socialistes français et italiens, d'Almeida s'est appliqué à définir un champ neuf qu'il nomme « mise en forme du politique ». Empruntant aux autres sciences humaines (science politique, anthropologie, sociologie, voire psychologie), il distingue tout particulièrement la symbolique, les signes et les codes, les rites et, finalement, l'expression comportementale des hommes politiques. C'est tout l'objet de l'ouvrage original, cœur du dossier d'habilitation à diriger des recherches, présenté en octobre 2002, et fondé sur des sources comparées, de la fin du xixe siècle à nos jours : Observations sur le comportement politique en France et en Italie.

À l'appui de sa démarche, un postulat : depuis le xviiie siècle et l'émergence de la notion d'opinion publique, la politique s'enracine dans une logique de diffusion et de symbolisation, de telle sorte que la mise en forme du politique devient un objet stratégique. Le test est celui du comportement ; la thèse, celle du passage d'un âge de la gravité à un âge du naturel, par le biais d'un phénomène de « naturalisation » ; le tout observé sur la longue durée. Enfin, la source d'observation principale est l'image, surtout photographique : l'image posée et contrôlée (les fameux « trombinoscopes » parlementaires) ; l'image prise sur le vif, en semi-contrôle ou hors contrôle (la photographie de reportage des agences). Dans les deux cas, explique l'auteur, elles révèlent, trahissent, tout en répondant à de rigoureuses normes sociales.

Procédant de manière chronologique, multipliant les exemples, quantifiant l'information, il dissèque les moindres gestes, perce les regards, saisit les expressions. La manière dont, par exemple, il analyse l'attitude des leaders face à la foule de leurs partisans ou dans la relation avec quelques-uns, incite à reconsidérer la place de l'homme politique dans l'espace public. L'auteur revisite la thématique du chef, le rituel des rassemblements, la symbolique du pouvoir, développe de passionnantes analyses sur le comportement de Mussolini, La Rocque ou De Gaulle. L'usage qu'il fait de la photographie ouvre alors, à l'historien du politique, des perspectives d'étude encore insoupçonnées. Au bout du compte, d'Almeida montre que, derrière le passage d'un âge de la gravité à un âge du naturel, émerge une mutation plus fondamentale encore : le lent basculement d'un âge de la religion patriotique à celui d'une démocratie d'opinion.

Citer cet article : http://histoiredesmedias.com/Habilitation-a-diriger-des.html

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