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20 - Nouvelles du monde

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Colloques

Le Temps des médias n°20, Printemps - été 2013, p. 198-208.

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Qu’est-ce qu’une télévision de qualité ?, Colloque international, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, CIM/CEISME, 12-13-14 septembre 2012.

Du 12 au 14 septembre s’est tenu à l’Institut du Monde Anglophone et à l’Institut National de l’audiovisuel, un colloque international autour de la question : « Qu’est-ce qu’une télévision de qualité ? », organisé par le Professeur François Jost, directeur du Laboratoire Communication Information Médias et du Centre d’Etude sur les Images et les Sons Médiatiques. Un événement soutenu par l’Université de Paris III Sorbonne – Nouvelle, l’ANR et le labex ICCA.
Ces trois jours de réflexion ont été inaugurés par Janet Mc Cabe et Kim Akass, chercheuses à l’Université de Londres et de Hertfordshire. Elles ont particulièrement étudié les critères de la « Quality TV » de la chaîne américaine HBO, en proposant une nouvelle critique télévisuelle. D’après elles, les critères de qualité doivent s’adapter au contexte contemporain afin de ne pas les enfermer dans des problématiques désuètes et classiques, notamment dans celle du « genre ». François Jost, lors de sa conférence « Comment parler d’une télévision de qualité ? », a rendu compte des critères de style, d’inventivité, de création, ou des devoirs de la chaîne, afin de les rendre objectifs.
En examinant les premières chaînes de télévision publiques de leur apparition à aujourd’hui, on constate la nécessité du changement critique : les nouvelles techniques, les nouveaux savoirs professionnels comme la télévision connectée changent les rapports entre la télévision et les téléspectateurs. La « qualité » est noyée dans l’hyperchoix et la rediffusion. Il s’agit là de notre nouvelle culture télévisuelle.
En somme, la question des critères de qualité revêt un sens très large, plurivoque, vis-à-vis duquel les conférenciers se sont montrés très méfiants. Le terme de « qualité » relève de critères subjectifs : l’expérience esthétique, le travail de l’image de marque d’une chaîne, l’intensité du plaisir du téléspectateur, la capacité d’un programme à communiquer de l’information, etc.
La deuxième journée, inaugurée par Milly Buonanno, et Giovanni Bechelloni, Professeurs à l’Université de Rome et de Florence, affirme l’importance première du public dans le jugement qualitatif de la télévision. Mais la vision du téléspectateur est éminemment complexe. Ce n’est pas ce qui est estimé de qualité qui sera nécessairement regardé. Les différentes recherches sur les programmes de fiction ont montré que le suspense et l’attachement aux personnages sont un critère de qualité. Charo Lacalle Zalduendo, Professeur à l’Université de Barcelone, a très précisément étudié la « qualité » de la fiction. Elle y voit une fracture entre le public populaire et les élites, deux types de publics qui prouvent qu’il n’est pas nécessaire d’opposer Quality TV et « bonne télévision ».
Un débat a ensuite eu lieu à l’INA. Il réunissait Françoise Laborde (CSA), Paul-Eric Mosseray (CSA belge), Stéphanie Bremond (France Télévisions). Ont été abordés les questions de la mesure de la qualité par les chaînes, du lien entre succès d’audience et réception qualitative des spectateurs. Il fut aussi marqué par l’intervention exceptionnelle de Jean-Christophe Averty sur sa carrière et sa vision de la qualité télévisuelle incarnée dans la liberté accordée à l’expression de l’artiste.
Eduardo Cintra Torres, Professeur à l’Université Catholique de Lisbonne, a ouvert la dernière journée. Il y a proposé un constat méthodologique des limites et de l’instabilité de cette notion qui sont dues à un positionnement initial à charge ou à décharge, mais aussi à des champs de recherche mis de côté comme l’analyse textuelle.
Une demi-journée de réflexion sur l’auteur et la culture télévisuelle contemporaine a montré d’autres critères de qualité : la conservation du patrimoine de la télévision, l’image de marque des auteurs, l’utilisation d’une référence culturelle solide, le comique. Elle a mené vers la conclusion selon laquelle il ne faut pas forcément penser la télévision de qualité en termes de haute ou de basse culture, mais selon une culture plurielle.
Les thématiques de la dernière demi-journée ont évoqué le lien entre qualité et chaîne ainsi que le cas particulier des séries. Les chaînes imposent leurs critères de qualité selon la définition de leur image de marque. Mais leurs choix peuvent entrer en contradiction avec d’autres visions de la qualité, juridiques par exemple. Les séries, elles, incarnent un cas exemplaire de ce que l’on présente comme de la télévision de qualité alors qu’elles proposent souvent des images aguicheuses dirigées vers un public masculin (sexualité, violence).
Enfin, dans la conférence conclusive, François Jost est revenu sur ces trois jours qui n’ont pas défini la télévision de qualité, mais qui ont cerné les champs de ce que peut être une télévision de qualité. Face aux définitions qu’adoptent plus ou moins ouvertement les chaînes, les chercheurs et les universitaires doivent faire comprendre quels sont les enjeux et militer pour que la qualité ne s’identifie pas à cette définition démagogique que serait la seule satisfaction du public.

Sélim Ammouche et Juliette Crepet

Écho et reprise dans les séries télévisées, Colloque, Université de Rouen (ERIAC), Université du Havre (GRIC), Rouen, 12-13-14 septembre 2012.

Le colloque « Echo et reprise dans les séries télévisées » qui s’est tenu à Rouen du 12 au 14 septembre 2012 et a été organisé par les laboratoires ERIAC (Université de Rouen) et GRIC (Université du Havre) a mis en avant les nombreuses formes sous lesquelles se décline la transposition dans les séries télévisées, et met au jour ses nombreux enjeux.
La toute première journée du colloque retient particulièrement notre attention. De par leur qualité de fiction, les séries ne se limitent pas à une vision documentariste de l’histoire ou à un rôle de représentation sociétale. En mêlant Histoire et métahistoires, elles proposent des représentations de diverses périodes historiques, tout en les transcendant, comme le souligne Ariane Hudelet (Paris-Diderot) à propos de la série Treme (2010-). En recréant l’univers de la Nouvelle Orléans à l’époque de la dévastation causée par l’ouragan Katrina, sans pour autant aborder frontalement cette catastrophe, Treme utilise la musique comme fil conducteur de la série et soulève des questions culturelles et politiques. Le traitement du traumatisme résonne également dans la série Battlestar Galactica (2004-2009). Comme l’explique Donna Spalding Andréolle (Université du Havre), cette série dont l’original date de 1969 revient sur les écrans dans un contexte post-11 septembre. La série propose un commentaire de la Guerre Contre la Terreur. Ce faisant, elle se positionne en contre-récit, déconstruisant l’hégémonie discursive de la justification de cette guerre, tout en faisant également référence à d’autres guerres (guerre du Vietnam et Seconde Guerre Mondiale). Ces stratégies narratives indirectes se justifient par la difficulté d’aborder explicitement des épisodes historiques encore douloureux. Comme le montre Itay Harlap (Université de Tel Aviv), la série israélienne Parashat Ha-Shavu’a (2006-2009) propose de revenir sur la Seconde Guerre israélo-libanaise de 2006. Mais ce retour historique, mémoriel et onirique, porte sur la Première Guerre du Liban (1982-1985), tout en discutant de l’impact de la Seconde Guerre sur la société israélienne. La mémoire fonctionne ainsi comme un ressort narratif et esthétique permettant une mise en scène du passé, qui se voudrait réelle et fidèle (via l’utilisation d’images d’archives). Cette analyse est également développée par Yannick Bellanger-Morvan (Université de Reims) à propos des séries Life on Mars (2006) et Ashes to Ashes (2008).
Ces retours mémoriels font écho à la mémoire des spectateurs, et ravivent une certaine nostalgie : celle d’une époque, celle d’autres séries (Ashes to Ashes est en effet la « fausse suite » de Life On Mars). Les bandes sons et autres références mettent ainsi en scène le patrimoine culturel et populaire du pays dans lequel les séries s’inscrivent. Andrew Crome (Université de Manchester) explique que les séries revisitent leur héritage culturel, à l’instar de la série britannique Docteur Who (2005-), dont l’originale date de 1963 et qui fait son retour sur les écrans dans les années 2000. Au moyen de références à des éléments iconiques de l’Histoire britannique, la série explore sa propre canonicité et offre un certain regard sur la société. C’est ce que démontre Dennis Tredy (Paris 3) dans son analyse des sitcoms américaines des années 1970. Selon lui, les séries se veulent porteuses d’un message social et politique, faisant écho aux mouvements sociaux de leur époque. Reflets d’évolutions sociétales et politiques, ces sitcoms sont à leur tour reprises dans les séries télévisées actuelles. L’intertextualité fonctionne donc comme un ressort essentiel pour proposer un discours sur le changement et la diversité.
Les échos et reprises revêtissent également une dimension métafictive qui permet de revisiter l’histoire. Sébastien Lefait (Université de Corte) revient sur The Avon Barksdale Story (2009), docufiction qui offre un droit de réponse à la série The Wire (2002-2008). Ce docufiction tente de restaurer la réputation du gangster Avon Barksdale en utilisant les mêmes rouages que The Wire. De même, les séries d’envergure historiques telles Borgia (2011-) et The Borgias (2011-) reviennent spécifiquement sur une période historique (le XVe siècle). Chacune met en place des variations tant historiques et narratives qu’esthétiques. Comme l’explique Sylvaine Bataille (Université de Rouen), si ces séries mettent toutes deux en scène les mêmes familles et époque historique, elles diffèrent dans leur approche chronologique ainsi que dans leurs traitements bien distincts de la réputation sulfureuse de cette famille.
Ainsi, décliné tout au long de ces trois journées, l’écho est analysé comme outil de références, de reprises et d’écarts, donnant lieu à un discours critique, qu’il soit intertextuel, social, ou historique. En dessinant les contours de leur filiation et de leur héritage, les séries se font, par conséquent, revendicatrices, transgressives, et créatrices.

Juliette Ledru

Archives sonores et voix radio, Colloque international, groupe de recherche ARC_PHONO, Montréal, 13-14-15 septembre 2012.

Le groupe de recherche ARC_PHONO dirigé par Mario Côté, artiste et professeur à l’École des arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a eu pour mandat depuis 2005 de réaliser des archives sonores de lieux intérieurs caractéristiques de notre société nord-américaine. Alors que les archives photographiques ou textuelles font partie de notre patrimoine, qu’en est-il de notre mémoire sonore collective de lieux publics voués à disparaître ou à être transformés ? C’est dans ce sillage que l’équipe d’ARC_PHONO a réalisé ce colloque d’envergure internationale du 13 au 15 septembre 2012 à Montréal, marquant les huit années de travail du groupe de recherche.
Loin de questionner simplement les archives sonores d’ARC_PHONO, le colloque, auquel étaient combinés une exposition et un concert, a plus globalement interrogé le rapport entre le sonore et le visuel. Nous (auditeurs/spectateurs) étions conviés dès le départ, avant même que les premiers mots ne soient prononcés, à un dispositif singulier interrogeant l’idée même de colloque. Nous étions placés d’emblée dans des conditions où l’écoute était au premier plan. Les intervenants habitaient une scène au milieu de la salle qui simulait l’espace d’un studio de radio où allait avoir lieu l’enregistrement d’une émission en direct. Les auditeurs-spectateurs étaient plongés dans le noir autour de cet « espace radiophonique » qui était éclairé par des projecteurs typiques aux arts de la scène. À la fois lieu théâtral et espace sonore, l’espace d’énonciation était habité par des intervenants devenus acteurs et qui n’avaient pour seul instrument que leur voix. L’animateur et ses invités se devaient de faire passer leur présence à travers le microphone conviant l’auditeur à voir au-delà de l’image, à un tout à entendre.
L’ouverture de ce colloque a permis de placer les jalons autour desquels allait se développer l’ensemble des interventions. Quelle relation existe-t-il entre le voir et l’entendre ? Est-ce qu’entendre implique nécessairement un voir ? Et si le voir aussi minimaliste soit-il permettait de créer un cadre d’attention pour que l’espace infini de l’audible soit entendu ? Comment les archives sonores et plus généralement le « fait sonore » sont-ils influencés et influencent-ils notre rapport aux lieux, à notre mémoire individuelle et collective ? Comment notre rapport au langage se trouve-t-il affecté par la matérialité de la parole, du ton, du rythme de la voix ? Ces questions qui étaient posées directement ou indirectement par les intervenants étaient regroupées selon quatre thèmes correspondant à chacune des quatre émissions de radio : Invisibilité de l’audible, Archives de la voix, Chambres d’écoute et Projet radio et cartographie urbaine.
Chaque intervenant ou conférencier était de plus jumelé à un artiste — parfois l’intervenant était lui-même artiste. Celui-ci avait eu comme consigne de faire une œuvre ou une performance sonore en s’inspirant des archives d’ARC_PHONO. À travers les différents propos tenus par les intervenants, des mélodies, des sons et des bruits trouvés ou recréés se mêlaient à la voix du conférencier de sorte que le propos de l’intervenant devenait partie intégrante du paysage sonore qui nous était donné à entendre. Ce fut particulièrement explicite lors de l’intervention d’Hélène Prévost, artiste sonore et réalisatrice de Musique actuelle et de Navire Night à Radio Canada pendant 29 ans. Les propos poétiques et réflexifs de celle-ci sur l’expérience radiophonique s’entrecroisaient avec des archives radios, sonores et des musiques de blues et expérimentales. Il ne s’agissait plus seulement de porter attention aux mots, mais aussi au silence qu’ils renferment, au ton de la voix, à la musicalité de la phrase, au rythme, à la respiration de l’orateur. À cet égard, l’intervention d’Émilie Houssa et de Véronique Béland, de même que celle de Sandeep Bhagwati et de Chantale Laplante ont été aussi révélatrices de cet espace sonore où la voix rencontre une musicalité inventive.
Dans cet environnement où les mots deviennent des sons, on cherchait paradoxalement à voir le lieu du sonore. Or, l’immatérialité de l’audible n’appelle-t-elle pas un représentable qui échappe pourtant au visible ? Comment le son, les bruits, la voix, la musique déterminent-ils la représentation que l’on se fait de l’identité d’un lieu, d’un paysage, voire d’une subjectivité ? On y reconnait certes un visage, un environnement particulier, une odeur, une sensation, mais bien souvent il n’y avait rien à reconnaître immédiatement, seulement un tableau où les figures et le fond s’entremêlent, s’entrechoquent.
Ce sont là quelques avenues qui ont été abordées par les 25 conférenciers et artistes du colloque autour de la question du lien dialectique existant entre le visuel et le sonore. Pour avoir de plus amples informations sur les différents participants du colloque et leurs interventions, il est possible de visiter le site internet du groupe de recherche d’ARC_PHONO où l’on pourra également entendre des extraits des archives sonores : www.arc-phono.ca. Nous attendons la sortie prochaine des « actes audio » du colloque.

Guylaine Chevarie-Lessard

Le pluralisme de l’information : état des lieux et nouveaux enjeux, Colloque Organisé par Franck Rebillard et Marlène Loicq, Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, Paris, 18-19 septembre 2012.

Journée du 18 Septembre : État des lieux
Cette journée était destinée à la présentation de différents travaux de recherche à l’international. Ida Willig est intervenue sur le Danemark à partir d’une étude de cas quantitative et qualitative de deux journaux danois. Andrea Czepek est venue présenter la situation allemande à partir d’une approche historique. C’est principalement au niveau régional que le paysage médiatique se diversifie. Mais cette situation tend à se réduire à la suite du rachat de nombreuses entreprises de presse locale et de la pression des entreprises publicitaires. Ceci entraîne une homogénéisation des contenus et des nouvelles, notamment au niveau international. L’intervention de Jean-Marie Charon était centrée sur la condition des journalistes français et l’évolution de leurs pratiques professionnelles face à la crise économique touchant la presse. Il explique comment l’émergence des pureplayers sur l’internet peut mener à un renouvellement de la pratique journalistique centrée sur la participation et une rédaction en réseau. Sur la question de la régulation et des politiques publiques, l’exemple du Canada diffère car la configuration territoriale y est particulière. Dominique Payette explique que la concentration médiatique pose problème et suscite de nombreuses fractures au niveau de la diffusion de l’information, en raison de l’absence de régulation dans un régime de presse ultra libéral. Des Freedman est intervenu sur la situation du Royaume-Uni. La politique non-interventionniste de l’État n’est pas non plus en faveur d’une évolution significative. Elle provoque une absence de compétition effective entre les différents organes d’information. Beata Klimkiewicz est venue présenter une synthèse de ses travaux sur les médias d’Europe centrale et de l’Est. L’évolution significative de ces dernières années réside dans la convergence et la digitalisation des médias d’information et soulève les questions de contrôle et de gestion de la concentration afin de veiller au maintien du pluralisme. La journée s’est clôturée par l’intervention des acteurs institutionnels et professionnels : Sylvie Clément-Cuzin du Ministère de la culture et de la communication, André Gattolin, sénateur des Hauts-de-Seine, Eric Marquis, membre du syndicat national des journalistes et Maurice Botbol, président du syndicat de la presse indépendante d’information en ligne. Le débat s’est orienté autour des subventions, de la gestion de l’information en ligne et la question d’actualité sur la « taxe Google ».
Journée du 19 septembre : Pluralisme et Internet
L’intervention d’Eric George, centrée sur les questions théoriques et le positionnement épistémologique des chercheurs, rappelle la nécessité d’une posture prudente sur ces questions de pluralisme et l’importance d’une contextualisation des travaux empiriques. Le colloque s’est poursuivi avec la présentation du projet intitulé « Internet, Pluralisme, redondance de l’information » (Ipri) mené par le laboratoire CIM (Université Paris 3) et soutenu par l’ANR. Ses résultats ont été présentés par Béatrice Damian-Gaillard et Annelise Touboul concernant la diversité des informations sur le web. Leur constat est celui de différences d’énonciations fortement marquées par leur contexte de production ainsi qu’un déséquilibre de traitement entre les différents sujets d’actualité. À propos des usages de Twitter en matière d’information, Nikos Smyrnaios indique une surreprésentation des liens vers la presse quotidienne nationale et les pureplayers, en relation avec l’agenda médiatique dominant. Comparant le média télévisuel et le web, Franck Rebillard et Emmanuel Marty évoquent une grande variété des sujets d’actualité sur le web : une information moins concentrée que dans les journaux télévisés. Un autre projet ANR intitulé Médiapolis a également été présenté. Il porte sur les pratiques d’information en ligne et le rapport à l’engagement politique. À partir d’une recherche quantitative fondée sur un questionnaire en 2009, Thierry Vedel constate une triple fracture civique, informationnelle et sociale. Rémy Rieffel rapporte les résultats du volet qualitatif de l’étude. Suite à l’évaluation de l’engagement politique sur Internet, grâce à des focus groupes, il constate un clivage au sein des utilisateurs en fonction de leur catégorie sociale, clivage marqué par les modes de sélection des informations en ligne. La dernière intervention de Josiane Jouët et Coralie Le Caroff avait pour objectif de présenter une analyse de l’expression citoyenne sur Facebook, orientée vers la recherche de reconnaissance personnelle sans objectif de concurrence face aux journalistes. Les chercheuses l’interprètent comme une forme d’autonomisation impliquant une réévaluation du modèle texte-lecteur.
Il s’agissait du premier colloque spécifiquement dédié au pluralisme de l’information, en France. Ainsi a-t-il bénéficié des apports d’une recherche internationale très fournie sur le sujet, tout en abordant des problématiques plus contemporaines autour de la diversité de l’information en ligne.

Olivia Bernard

Paroles d’en haut, Colloque, IRAMAT, POLEN, Université d’Orléans, Orléans-Paris, 6-7 décembre 2012

L’UMR IRAMAT et l’EA POLEN (Université d’Orléans), soutenues par le Comité d’histoire parlementaire et politique, ont organisé les 6 et 7 décembre 2012 à Orléans et Paris un colloque intitulé Paroles d’en haut, consacré à l’étude de la parole d’autorité, à ses formes, sa production, sa diffusion et sa réception.
La façon dont les pouvoirs s’adressent à leurs interlocuteurs, en leur qualité respective de citoyens, de sujets, de fidèles ou d’administrés, varie selon leur nature, les époques et les contextes. Raison pour laquelle le programme, volontairement trans-périodique et pluridisciplinaire, a réuni pour l’occasion historiens, juristes, linguistes et politistes. L’approche sur la longue durée, soulignant invariants et évolutions conceptuelles et conjoncturelles, mais aussi multi-scalaire, mettant l’accent sur la dimension régionale, a été privilégiée. La parole publique étant aussi l’apanage de praticiens professionnels de la parole publique, des élus et des plumes étaient invités pour faire part de leurs expériences. Nous résumons ici à grands traits la teneur de leurs interventions respectives.
Dans la première demi-journée, consacrée aux formes de la parole d’en haut, Marie-Joséphine Werlings (Paris-Ouest) a montré comment l’on était passé, dans la Grèce archaïque, de l’oralité à la mise par écrit de la parole du législateur et a souligné les enjeux, notamment monumentaux, de cette évolution. Caroline Chopelin-Blanc (Lyon III) a étudié la façon dont la parole des évêques députés à l’Assemblée nationale s’est ou non nourrie des brefs pontificaux, en 1790 et 1791, au gré des événements, notamment du vote de la constitution civile du clergé. Jean Garrigues (Orléans) a, lui, évoqué l’âge d’or de l’éloquence parlementaire (1870-1914), et les générations successives d’orateurs qui savaient parfaitement manier le verbe et animer la délibération parlementaire au sein d’une assemblée qui couronnait alors le magistère de la parole. Denis Pernot (Orléans), enfin, a étudié plus particulièrement la parole politique de Maurice Barrès, qui tint un rôle singulier d’intercesseur pendant la Première Guerre mondiale, en relayant dans la presse la parole des combattants et de leurs familles, dont il recevait un courrier volumineux.
La deuxième session était consacrée à la fabrication de la parole d’en-haut. Émilia N’Diaye (Orléans) a éclairé les codes de fabrication du discours politique à Rome, en analysant l’auctoritas, vertu suprême de la parole au Sénat, et la façon dont Cicéron défend le primat des codes éthiques sur les codes techniques dans l’ars oratoria. Christophe Bellon (Lille) a ensuite mis en évidence le rôle du discours d’Aristide Briand et de sa rhétorique diplomatique pour obtenir une majorité centrale lors de l’élaboration, de la discussion puis de l’application de la loi de séparation des Églises et de l’État (1903-1911). Pierre Allorant (Orléans) s’est quant à lui attaché à la mise en scène, au déploiement et à la diffusion de la parole administrative de l’État par le corps préfectoral, et de la compétition que cela génère avec les élites locales. Gaël Rideau (Orléans) a ensuite montré que les écrits privés contribuaient à la réécriture, à la circulation et à la diffraction de la parole d’en haut à l’âge moderne, période marquée par sa rareté, dans un processus d’appropriation individuelle qui témoigne d’une forme de politisation. Enfin, Olivier Baude (Orléans) a étudié l’usage des liaisons facultatives ou sans enchaînement dans les discours présidentiels, utilisation qui les distingue de la parole profane et signe une hyper-allégeance à la langue écrite.
La deuxième journée fut consacré successivement à la mise en scène et à la réception de la parole d’en haut.
Arnaud Suspène (Orléans), a souligné l’importance de la topographie urbaine comme composante même du discours, sous la République et le Haut-Empire romain, et de la parole politique dans la culture romaine, la rhétorique contribuant à légitimer le pouvoir impérial. Yann Lignereux (Nantes) a ensuite mis l’accent sur l’évolution de la composition et des fonctions des entrées royales en France (XVIe-XVIIe siècles) : ces manifestations de la majesté royale, à la fois mise en scène et parole, se formalisent progressivement et s’imposent à leurs spectateurs par leur force suggestive plus que par leur clarté discursive. Corinne Legoy (Orléans) s’est pour sa part attachée au théâtre et à ses censeurs sous la Restauration. Ceux-ci essaient de neutraliser les paroles d’en haut qu’on y interprète, afin de les rendre conformes à la parole et à l’autorité royale, et elles ne permettent pas aux spectateurs de les utiliser pour commenter la situation présente.
Chantal Jouanno (« plume » pour Nicolas Sarkozy de 2002 à 2007) a ensuite expliqué la marge de liberté qui subsiste quand on s’approprie le style d’autrui, tandis que Christine Albanel (auteur pour Jacques Chirac durant vingt ans) et Roland Cayrol (CEVIPOF) (auteur occasionnel pour Michel Rocard) ont témoigné d’une perte d’autonomie, expliquée par la montée en puissance des conseillers en communication. Jean-Pierre Sueur, sénateur et ancien professeur de linguistique, a témoigné pour sa part de l’adaptation quasi spontanée de la parole d’en haut aux circonstances de son élocution.
Laurent Bourquin (Le Mans) a montré que la lettre est un outil de gouvernement à distance indispensable, en particulier en temps de guerre, comme l’illustrent les courriers qu’Henri IV adresse aux élites municipales de Châlons pendant les guerres de la Ligue. Benoist Pierre (Tours) a présenté la parole du clergé de cour, qui, à la Renaissance, outre une stratégie de conquête, est un programme chrétien de conversion du monde. Emmanuel Fureix (Paris Est) a évoqué le charivari politique, qui, en tant que rite de résistance à la parole d’en haut, construit au XIXe siècle une parole « populaire » qui s’inscrit dans un mouvement de politisation informelle liée à la restriction des libertés. Enfin, François Ploux (Bretagne Sud) a analysé la rumeur au début de la IIIe République comme une réponse du corps social à la fabrication ou à l’absence de parole d’en haut, à l’heure où se dilatent les frontières du politique, en l’absence d’une presse apte à satisfaire la demande sociale.

Alexandre Borrell

Citer cet article : http://histoiredesmedias.com/Colloques,4746.html

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