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Appel à articles Le Temps des médias, "Stocker" (n° 38, printemps 2022)

Dossier coordonné par Katharina Niemeyer et Valérie Schafer

Si la mémoire et l’archive ont fait l’objet d’un intérêt certain et transdisciplinaire, le stockage – de contenus médiatiques, d’informations, de données, de documents et d’objets, mais aussi l’usage de ces stocks médiatiques, a bénéficié d’une attention plus discrète. En particulier les recherches ont rarement pensé le stockage en lien avec les pratiques qui lui sont intrinsèques sur la longue durée.

Au cœur de ce dossier sont donc le stockage des médias, le stockage par les médias, les usages des stocks médiatiques ainsi que la rencontre de ces trois pratiques. Que ce soit sur le plan individuel, collectif, professionnel ou institutionnel, nous souhaitons les penser dans le temps long de l’histoire des médias, en remontant par exemple à la republication d’articles dans des gazettes, aux agences d’information dès le XIXè siècle, au phonautographe de Scott de Martinville, au paléographe de Cros ou même à l’instauration du dépôt légal par François Ier, voire au volumen et codex (Laguës, Beaudoin et Chapoutier, 2017). En creux se cache aussi une invitation à analyser le flux et la rémanence (Merzeau, 2009).

L’histoire du stockage est souvent limitée à une généalogie linéaire et technique des supports. Celle-ci est encore partielle et des travaux récents se sont intéressés au stockage pré-numérique (Priestley et Haigh in Haigh, 2019) et à la transition du mode analogique au numérique (ruban perforé, tambour magnétique, mémoire à tube). Elle est également centrée sur la période récente alors que l’archivage de « soi », la boite à chaussures contenant des documents privés (Van Dick, 2005) et bien d’autres pratiques incitent à remonter aux périodes pré-numériques, voire pré-contemporaines. De plus, la traduction récente de l’archéologie des média (Parrika, 2017) témoigne de l’intérêt et de la nécessité d’approches alternatives et complémentaires à ces généalogies techniques linéaires et centrées sur l’innovation (Pelé et Pisano, 2016 ; Thibault et Trudel, 2015). Les approches et théories - nommées maintenant archéologie des médias - ayant émergé en Allemagne dans les années 1980 et 1990 au sein des sciences de la culture et de la technique (Kittler, 1985) mais aussi en France avec la médiologie, ont dessiné une piste de concordance entre « matière organisée » et « organisation matérialisée » (Debray, 1991 ; Merzeau, 2006). Elles ont invité à des renouvellements, tout en interrogeant encore peu les pratiques privées, intimes et/ou les émotions entourant les « médias de stockage » et leur rapport à nos souvenirs (Jacques, 2020 ; Magaudda et Minniti, 2019). Aussi c’est sous l’angle technico-social et notamment sous l’angle des pratiques médiatiques (Kirschenbaum, 2008 ; Paci, 2015) que ce numéro entend aborder le stockage, en cherchant notamment à le comprendre par une approche à hauteur d’usages s’intéressant aux actions, réactualisations, remédiations, intermédiations et recyclages du contenu stocké (images, sons, information, codes).

Activité sans doute parfois triviale, à plus d’un titre le stockage et la réactivation mnémonique de ses contenus soulèvent pourtant des enjeux déterminants pour saisir la relation de nos sociétés aux productions médiatiques, à l’information et aux données, mais aussi nos rapports à la mémoire et à l’historiographie. Des pratiques très « banales » de stockage de nos propres données sur une clé USB, un disque externe ou sur « le nuage » au stockage de l’information en tant qu’enjeu économique, géopolitique ou juridique pour les organisations et institutions, il invite à penser autant les pratiques individuelles que collectives, « amateures » ou professionnelles. C’est leur mutation ou co-existence au fil des années, des supports (du juke box au MP3 en passant par la cassette audio, de la VHS à la VOD, sans oublier le DVD et le Blu-Ray, de la disquette et du CD-Rom au nuage), de leurs capacités toujours croissantes, de l’élargissement de la notion de patrimoine et de ses formes numériques (Bachimont, 2017 ; Treleani, 2017), de leur remobilisation (collage, rediffusion, mashup, etc.), de leur obsolescence (transfert des informations mais aussi émulation et perte de données) qui nous intéresse ici.

Sensible à la longue durée, ce dossier sera donc ouvert à des propositions qui s’inscriront notamment dans ces trois axes principaux (ou porteront sur un sujet reliant ces axes) :

(1) Médias et stockage : approches théoriques et historiographiques

• L’archéologie des médias, la philosophie des médias, les études sur l’intermédialité, la mémoire ou encore la médiologie comme théories et méthodes permettant de questionner des supports médiatiques oubliés ou enfouis en les reliant à la question du stockage, des pratiques et des concepteur.e.s.
• Les réflexions plus théoriques sur le rapport de nos sociétés au stockage, au regard notamment (et parfois en creux) des enjeux d’archivage, de patrimonialisation ou encore de gestion des données

(2) Stockage des médias

• Les pratiques (mnémoniques) et usages de stockage et leur évolution à travers le temps (photographies de famille, objets de collection divers, passage et (co-)usage du stockage analogique et du stockage informatique, etc.)
• L’histoire sociale, technique et économique de supports de stockage précis (depuis le cylindre phonographique, la cassette audio ou vidéo, la microfiche et les cartes perforées et bandes magnétiques par exemple jusqu’aux data centers en incluant, par exemple, le CD Rom, la clé USB, le disque dur, le scanner, le MP3, etc.), saisis de manière individuelle ou comparative
• Le stockage et le passage à l’archivage des médias (histoire d’une institution comme l’Ina ; stockage de musique sur cassette audio, MP3, etc. ; stockage de vidéos personnelles, etc.)
• Des études de cas historiques portant sur des écosystèmes de stockage de l’information

(3) Fabrication et utilisation des « stocks médiatiques » et des stocks d’informations

• Le lien affectif et émotionnel au stockage comme pratique de sauvegarde et de transmission de l’information, mais aussi comme savoir-faire, bricolage artisanal et professionnel
• La réutilisation des « stocks médiatiques » (rediffusion d’émissions, ré-exploitation d’images archives, remix, collage, mashup, etc.)
• L’exploitation de stocks d’information (depuis les débuts de la presse jusqu’au journalisme des données)
• L’évolution des professions et professionnel.le.s du stockage de l’information

Modalités de soumission

Un résumé de 500 à 650 mots, accompagné d’un titre, d’une courte bibliographie et biographie (exclues des 500 à 650 mots) sont à envoyer conjointement à

Katharina Niemeyer : niemeyer.katharina@uqam.ca et Valérie Schafer : valerie.schafer@uni.lu

avant le 6 novembre 2020.

Suite du calendrier : Retour aux auteurs : début décembre 2020 Remise des articles (35 000 signes) : pour début juin 2021 Processus d’évaluation Parution au 1er semestre 2022

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English version

Edited by Katharina Niemeyer and Valérie Schafer

Although the topics of memory and archives have given rise to considerable cross-disciplinary interest, the issue of storage – of media content, information, data, documents and objects, as well as the use of stored content – has received less attention. In particular, and more specifically in French speaking scholarly work, research has rarely viewed the question of storage in conjunction with the related long-term practices.

This special issue therefore intends to explore three strands – the storage of media content, storage media, and the use of stored content– and links between them. Whether on an individual or collective, professional or institutional level, we want to investigate these questions from a long-term media history perspective, going back for example to the republication of articles in gazettes, the emergence of news agencies in the 19th century, Scott de Martinville’s phonautograph, the paleophone invented by Cros – even the introduction of the legal deposit by French King Francis I and the volumen and codex (Laguës, Beaudoin and Chapoutier, 2017). The related issues of flows and persistence also merit analysis (Merzeau, 2009).

The history of storage is often limited to a linear, technical genealogy of storage media – and one that remains patchy. Recent research has looked at pre-digital storage (Priestley and Haigh in Haigh, 2019) and the transition from analogue to digital methods (punched tape, magnetic drum, cathode ray tube). There is also a tendency to focus on recent history, despite the fact that the archiving of the “self”, the shoebox filled with private documents (Van Dick, 2005) and many other practices encourage us to go back further, to pre-digital or even pre-contemporary periods. Moreover, the translation into French (Parrika, 2017) of What is media archeology ? (Parrika, 2013) demonstrates the value and importance of alternative approaches (and their international circulation) that complement these technical, linear, innovation-centred genealogies (Pelé and Pisano, 2016 ; Thibault and Trudel, 2015). The approaches and theories – now known as media archaeology – that emerged in Germany in the 1980s and 1990s within cultural and technical science (Kittler, 1985), and also in France with mediology, charted a path between the notions of “organised matter” and “materialised organisation” (Debray, 1991 ; Merzeau, 2006). Although they have encouraged new perspectives, as yet they have generally failed to explore private, personal practices and/or the emotions caught up in “storage media” and their links with our memories (Jacques, 2020 ; Magaudda and Minniti, 2019). This journal issue therefore intends to explore the question of storage from a socio-technical perspective, in particular from the angle of media practices (Kirschenbaum, 2008 ; Paci, 2015), in a bid to shed new light on the topic via a use-based approach, focusing on how stored content (images, audio footage, information and codes) is handled, retooled, improved, intermediated and recycled.

While undoubtedly sometimes a trivial activity, in many respects the storage and “mnemonic reactivation” of content raise key issues that help us understand how society relates to media production, information and data, while also clarifying our own relationship with memory and historiography. From the practice of storing our own data on a USB drive, external disk or “cloud” to the storage of information by organisations and institutions for vital economic, geopolitical and legal reasons, the question of storage encompasses both individual and collective, “amateur” and professional practices. What interests us here is the transformation or co-existence of these practices over time (from juke boxes to audio cassettes to MP3s, from VHS to VOD, not forgetting DVDs and Blu-rays, from floppy disks and CD-Roms to the cloud), their ever-increasing capacities, the broadening notion of heritage and its digital forms (Bachimont, 2017 ; Treleani, 2017), the recycling of content (collage, redistribution, mashup, etc.) and the question of obsolescence (information transfer and also emulation and data loss).

This special issue encourages a long-term perspective. It welcomes proposals that fall within the following broad areas (or look at a subject linking them) :

(1) Media and storage : theoretical and historiographical approaches

• Media archaeology, media philosophy, studies on intermediality, memory or mediology as theories or methods that shine a light on forgotten or disregarded storage media by linking them to questions related to storage, practices and designers
• Theoretical reflections on society’s relationship with storage, taking particular account of the (sometimes hidden) challenges of archiving, heritagisation and data management

(2) Storage of media content

• Storage practices (mnemonics) and uses and their development over time (family photographs, collections of objects, the transition between and (simultaneous) use of analogue and computer storage, etc.)
• The social, technical and economic history of specific storage media (from phonograph cylinders, audio and video cassettes, microfilms, punched cards and magnetic tape to data centres, including, for example, CD-Roms, USB drives, hard disks, scanners, MP3, etc.), whether individually or comparatively
• Storage and archiving of media material (the history of institutions like the French National Audiovisual Institute (INA) ; storing music on audio cassettes, in MP3 format, etc. ; storing home videos, etc.)
• Historical case studies about information storage ecosystems

(3) Production and use of stored content and information

• Our emotional bond with storage as a means of saving and sharing information, and also as a skill, a form of amateur and professional bricolage
• Reusing stored media content (rebroadcasting programmes, reusing archive images, remixing, collage, mashups, etc.)
• Using stored information (from the early days of the press to data journalism)
• The development of professions and professionals in the area of information storage

Submission

Please send an abstract of 500 to 650 words, together with a title, a short bibliography and a biography (not included in the word count), jointly to

Katharina Niemeyer : niemeyer.katharina@uqam.ca and Valérie Schafer : valerie.schafer@uni.lu

by 6 November 2020.

Timetable

Feedback to authors : early December 2020 Submission of articles (35,000 characters) : by early June 2021 Peer review process Publication in the first half of 2022

Références citées ou suggérées / Cited or suggested references

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Bachimont, B. (2017). Patrimoine et numérique. Technique et politique de la mémoire. Bry-sur-Marne : Ina, collection Médias et humanités.

Debray, R. (1991). Cours de médiologie générale, Paris : Gallimard.

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Ernst, W. (2014). Le transfert culturel, une fonction médiatique : collectionner, stocker, transmettre (l’Amérique), In Gin, Pascal ; Goyer, Nicolas, Moser, Walter (dir.). Transfert : exploration d’un champ conceptuel. Ottawa : Les Presses de l’Université d’Ottawa.

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Kittler, F. A. (1985). Aufschreibesysteme 1800/1900. Münich : Fink.

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Maisonneuve, S. (2009). L’invention du disque 1877-1949 : genèse de l’usage des médias musicaux contemporains. Paris : Éditions des archives contemporaines.

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Citer cet article : http://histoiredesmedias.com/Appel-a-articles-Le-Temps-des,8434.html