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Présentation de la revue

La revue Le Temps des médias. Revue d’histoire est publiée par la Société pour l'histoire des médias en collaboration avec le groupe « Temps, médias, sociétés » (IEP Paris).
Le lancement a eu lieu à l’occasion des Rendez-vous de l’histoire de Blois, le 18 octobre 2003.

Comité de rédaction

  • Christian Delporte (directeur)
  • Anne-Claude Ambroise-Rendu, Isabelle Veyrat-Masson (co-rédactrices en chef)
  • Géraldine Poels et François Robinet (secrétaires de rédaction)
  • Fabrice d’Almeida, Laurent Bihl, Claire Blandin, Jérôme Bourdon, Yves Bouvier, Marion Brétéché, Agnès Chauveau, Evelyne Cohen, Jamil Dakhlia, Yannick Dehée, Hélène Duccini, Hélène Eck, Gilles Feyel, Benjamin Gilles, Pascal Griset, Pierre-Emmanuel Guigo, Françoise Hache-Bissette, Stéphane Haffemayer, Sébastien Hallade, Thomas Loué, Laurent Martin, Denis Maréchal, Cécile Méadel, Caroline Moine, Michael Palmer, Bibia Pavard, Valérie Schafer, Claire Sécail, Cécile-Anne Sibout, Karine Taveaux-Grandpierre

Le Temps des médias

Ent’revues, revue des revues(IMEC), n°34, février 2004

Le mot " média " désigne étymologiquement " un lieu accessible ou exposé au regard des autres " Et c’est à cette transparence que nous convie ce premier numéro de la revue Le Temps des Médias. Publication à vocation historique - comme en témoigne non seulement la composition du comité de rédaction mais aussi un prestigieux comité scientifique - elle s’émancipe des seules approches sociologiques pour utiliser tous les outils forgés par les sciences humaines. Ainsi entend-elle s’inscrire dans une démarche intellectuelle novatrice. " Tabous et interdits " constituent le corps principal de cet opus. Ce faisant, Le Temps des Médias s’engage sur les traces d’une des polémiques les plus vives concernant la presse sous toutes ses formes. Qu’en est-il de la censure aujourd’hui, dans une société qui se revendique comme ouverte et émancipée ? Les médias constituent en effet un moyen d’expression mais aussi un intermédiaire de l’information : ils sont donc leurs propres censeurs. Ou peut-on placer alors la notion d’objectivité si ces mêmes moyens de communication constituent un écran entre l’émetteur de l’information et son récepteur ?

C’est autour d’un thème des plus complexes que la revue choisit d’articuler la question : la sexualité et par extension, la pornographie. La revue entame une histoire culturelle de cette dernière dans un soucis de contextualisation et de mise en perspective sociale. Frédéric Bas et Antoine Gerba rappellent ainsi les propos d’Alain Robbe-Grillet affirmant dans les années 1970 " qu’en la matière, la pornographie est l’érotisme des autres ". La conception que l’on peut avoir de la chose n’est donc que le corollaire de l’évolution des mentalités.

Les articles suivants, sur l’homophobie et les nouvelles modalités de la censure, témoignent, non d’un abandon progressif des présupposés ou valeurs morales mais de leur transmutation plus ou moins déguisée.

La presse et le cinéma ont-ils en effet vocation à tout montrer sous prétexte de réalisme et d’impartialité ? La mort de Jacques Mesrine sous l’œil des caméras constitue, selon l’historien Bruno Bertherat, par sa mise en spectacle, un rappel des valeurs d’ordre. Le discours prodigué n’apparaît donc pas tant dans la plus ou moins grande exhaustivité de ce que l’on montre mais surtout dans la manière dont on présente l’événement.

L’Internet, en dépit de sa structure mondiale ouverte, ne déroge pas à cette règle, constate la chercheuse Myriam Marzouki. Par censure, cette dernière entend " tout acte visant à créer un consensus non désiré ". Or, même dans ce cas précis, se mettent en place des procédures législatives pour restreindre l’accès à ce qui et autorisé. Fi des illusions donc !
Cet ensemble d’articles a le grand mérite de nous montrer l’adaptation permanente des conceptions idéologiques et des comportements sociaux aux techniques de communication sans cesse en évolution.

On appréciera également la seconde partie intitulée " Territoires d’études ". Remonter au fondateur du journalisme, Théophraste Renaudot, semble être une initiative à saluer. En une trentaine de pages nous est rappelée l’histoire de la presse et de son éthique des origines jusqu’au xxe siècle. Renaudot ne concevait-il pas ses publications comme " épurées de toutes autres passions que celle de la vérité ? " Mais sa gazette n’en constituait pas moins une littérature de combat au service des Bourbons puisqu’il la qualifiait lui-même de " journal des rois et des puissants de la terre ". Voilà donc de quoi alimenter le débat sur la pertinence d’une censure consubstantielle à l’information.

Outre une rubrique " Entretiens " - avec, Michel Polac dans cette livraison -, les dernières pages de la revue constituent enfin un véritable guide à l’usage de celles et ceux qui désirent approfondir la question puisque sont chroniqués les travaux universitaires les plus récents, les publications scientifiques récentes et les références et sites de consultation en lignes.

Le grande vitalité et originalité de ce périodique bimensuel incite à lui souhaiter longue vie car, pour paraphraser Renaudot, nous pourrions affirmer que " sa publication est en effet nouvelle [...] mais cette nouveauté ne peut lui acquérir que de la grâce ".

Fabrice Jonckheere

La presse, l’édition, le cinéma ont désormais leur revue d’histoire. Qui commence avec un numéro sur les " Interdits "

L’Histoire (283), janvier 2004, Revue du mois

Les médias étant enfin devenus un champ d’études reconnu, il était légitime qu’une revue d’histoire leur soit consacrée. Christian Delporte, son directeur scientifique, présente Le Temps des médias comme le produit naturel d’un lieu d’échanges et de réflexion récent, la Société pour l’histoire des médias (SPHM), et d’un groupe de travail constitué il y a peu à Sciences-Po, Temps, médias et société (TMS). C’est une nouvelle fenêtre qui s’ouvre sur un domaine dense et riche.

A la lecture du sommaire du premier numéro (il en est prévu deux par an), on se dit que, pour un commencement, Le Temps des médias n’hésite pas à frapper fort. Le dossier sur les " interdits " qui pèsent sur la presse, l’édition ou le cinéma ne manque pas de saveur.

Laurent Martin (Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines) s’interroge, par exemple, sur les raisons de l’absence d’une histoire de la pornographie. Et, du coup, il pose les " jalons ", les pistes possibles de ce qui serait une " histoire culturelle " de ce phénomène -en Occident depuis l’Antiquité jusqu’à ces dernières décennies. Anne-Claude Ambroise Rendu (université Paris-X) analyse, quant à elle, l’évolution sur un siècle du traitement de la pédophilie par la presse : de la discrétion au silence, de la compréhension à la réprobation.

Interdit aussi, l’homosexualité, mais ici vue par Florence Tamagne (Lille III), à travers les caricatures hostiles diffusées en France et en Allemagne dans le premier tiers du XXème siècle. Une contribution au contenu surprenant, celle de Dominique Cardon (CNRS) sur Ménie Grégoire et son émission sur RTL (1967-1981) : pour la première fois, on parlait plaisir et orgasme à l’oreille de millions d’auditeurs.

Critiqué parce qu’il est exposé, le journaliste doit répondre d’une déontologie souvent mal perçue. Gilles Feyel (Paris II) remonte aux sources, à Théophraste renaudot, le fondateur de la Gazette au XVIIè siècle. Tandis que Thomas Ferenczi, lui-même journaliste, et le sociologue Jean-Marie Charon sondent cette éthique de la profession aux XIXè et XXè siècles.

Enfin, Michel Polac évoque pour Isabelle Veyrat-Masson la censure dans la presse. Il est vrai qu’en la matière, il a été servi.

Daniel Bermond

La presse parle du Temps des médias

Tabous et censures dans l’histoire de la presse

Le Monde, édition datée du 05.12.03

Ouvrir le dossier des interdits, évoquer tabous, transgressions et censures, tel est le thème de la plongée dans l’histoire de la presse que propose Le Temps des médias. Cette revue semestrielle publiée par la Société pour l’histoire des médias et Nouveau Monde Editions ambitionne de donner au lecteur, par le biais d’éclairages historiques, des outils d’analyse et de compréhension du monde des médias dans lequel il vit.

Comme en écho au rapport Kriegel sur la violence et la pornographie à la télévision, la revue ouvre par une approche de l’histoire culturelle de la pornographie en Occident. "Le mot "pornographe" est utilisé par le grammairien Athénée au IIe siècle après J.-C. pour désigner les artistes qui excellent dans l’art de représenter les choses de l’amour", explique Laurent Martin, du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines. En français, le mot pornographie, dans le sens d’images ou d’écrits obscènes, n’apparaît qu’en 1830. L’auteur retrace l’évolution de la perception de ce phénomène et des réactions qu’il n’a cessé de susciter. Du bannissement d’Ovide par Auguste au prétexte que ses écrits mettaient en péril l’institution du mariage, qualifié d’acte de "censure ou plutôt de répression littéraire", au tollé suscité par le Jugement dernier peint par Michel Ange pour la chapelle Sixtine, avec, dans le choeur des révoltés, l’Arétin, ! pourtant auteur de textes frappés d’interdit papal, comme les Sonnets luxurieux. Et à la loi de 1975 instituant le classement X des films pornographiques.

Bien d’autres sujets, plus directement liés au monde de la presse, sont abordés dans ce dossier sur les interdits, comme la façon dont la presse a traité du thème de la pédophilie. Maître de conférences en histoire contemporaine à Paris-X - Nanterre, Anne-Claude Ambroise-Rendu distingue quatre temps : le tournant du XXe siècle, où l’on assiste à une prise de conscience doublée d’une dénonciation des abus sexuels sur enfants, thème passé sous silence jusque-là ; les années 1920-1970, quand ce thème subit un reflux et une euphémisation dans la presse, suivies dans la décennie 70 d’une période de quasi-plaidoirie pour la pédophilie sur fond de libération sexuelle, avant le temps de la condamnation dans les années 1990.

Dominique Cardon, du CNRS, évoque aussi l’émission de Ménie Grégoire sur RTL, qui a recueilli, de 1967 à 1981, des témoignages sur l’intimité sexuelle des auditeurs. Ce programme a servi de relais auprès du public d’un changement de discours sur la sexualité, avec la revendication d’un droit au plaisir.

LES MÉDIAS SONT-ILS SEXUÉS ?

L’historien Bruno Bertherat s’arrête sur le traitement télévisuel d’un des grands faits divers de la fin du siècle, la mort de Jacques Mesrine, tué par la police en 1979. Il s’interroge sur l’insistance à montrer le cadavre de "l’ennemi public numéro un", brisant ainsi un tabou. Il y voit comme le désir des policiers de mettre en scène le triomphe de l’ordre. Le dossier se conclut par une interrogation de Patrick Eveno, maître de conférences à Paris-I et rédacteur en chef de la revue : les médias sont-ils sexués ? Il évoque la féminisation progressive du métier de journaliste, l’appétit des femmes pour les médias, mais aussi l’image des femmes dans la publicité. Au dossier succède la rubrique "Territoires d’études", qui fait le point des recherches sur un thème, dans ce numéro, "Ethique et journalisme". Gilles Feyel, professeur d’histoire moderne à Paris-II, évoque les origines de l’éthique et la figure emblématique de Théophraste Renaudot. Correspondant du Monde à Bruxelles, Thomas Ferenczi analyse le phénomène au XIXe siècle, alors que le sociologue Jean-Marie Charon expose la responsabilité des journalistes devant leurs pairs et envers le public au XXe siècle. La rubrique "Entretiens" donne ensuite la parole à Michel Polac à travers l’évocation de son parcours médiatique à rebondissements. Le Temps des médias se termine par un foisonnement d’informations sur les parutions récentes, les recherches universitaires et l’actualité scientifique internationale. La richesse du contenu de cette nouvelle publication est à l’image d’un champ de recherche d’une grande vitalité et porté par l’engagement de chercheurs décidés à se regrouper pour bâtir un projet collectif.

Laurence Girard

« Interdits. Tabous, transgressions, censures »

Sciences Humaines, compte-rendu paru dans le Mensuel n° 145 - janvier 2004

Il faut saluer, autant que le numéro lui-même, le champ de publication ouvert par cette nouvelle revue : celui de l’histoire des médias (non seulement l’histoire des supports, mais aussi du journalisme, des pratiques professionnelles, des rapports entre médias et pouvoirs, etc.). Le réseau de chercheurs qui anime Le Temps des médias (autour du groupe « Temps, médias et société » de la FNSP et de la Société pour l’histoire des médias) trouve à travers cette revue un moyen de faire connaître ses travaux et les chantiers qu’il estime devoir être explorés. Ce premier numéro comporte, outre le dossier consacré à un sujet a priori vendeur mais abordé avec le plus grand sérieux, de consistantes rubriques informatives sur l’actualité de la recherche.

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